mardi 26 septembre 2017

Le Parti: obstacle pour les "Nouvelles Conquêtes" d'Elio Di Rupo ?

L'ouvrage "Nouvelles conquêtes" de M. Elio Di Rupo sera l'occasion de nous interroger sur la nécessité (ou pas) de conserver des partis dans notre paysage politique. M. Di Rupo apporte quatre arguments en faveur de leur sauvegarde. Cette argumentation est-elle solide ? Nous avons eu l'opportunité de poser la question directement au principal intéressé alors qu'il présentait son ouvrage à Nivelles. M. Di Rupo a complété son argumentation par une preuve par l'absurde. Commençons par quelques commentaires sur le livre lui-même...



Le livre


L'ancien Premier Ministre belge, M. Elio Di Rupo, vient de publier "Nouvelles conquêtes". Dans cet ouvrage, il revient sur sa vie et sur sa carrière. Il dresse également un tableau plutôt sombre du monde politico-économique actuel pour ensuite appeler de ses vœux la mise en place rapide de l'éco-socialisme "...qui mêle intimement les dimensions sociales et environnementales. Cette évolution constitue une étape majeure dans l'histoire de ma famille politique." (p.325). L'ouvrage comporte un réquisitoire permanent contre le néo-libéralisme. Les historiens du futur trouveront probablement dans "Nouvelles conquêtes" une série d'éléments sur la vie politique belge, notamment sur la constitution du gouvernement fédéral en 541 jours, en 2011.
On pourra aussi trouver une image précise de l'idéologie socialiste belge telle qu'elle peut être définie en 2017. En effet, le président présente un texte rédigé en s'inspirant du "Chantier des Idées", un forum organisé au sein du Parti.
Toutefois, le texte final ressemble davantage à un livre de recettes plutôt qu'au moteur indispensable à de "nouvelles conquêtes". Nous ne disserterons pas ici sur ces idées répétées inlassablement et dont le lecteur trouvera une retranscription mieux structurée dans "La gauche ne meurt jamais" de M. Paul Magnette. 
Par contre nous aimerions ici développer un sujet qui nous intéresse plus spécialement (voir Les Chroniques de l'Ancien Système) : celui de l'avenir des partis.

 

 Quatre arguments en faveur des partis ?


M. Di Rupo note que les évolutions récentes, aussi bien de la démocratie que des technologies, ont profondément labouré le champ politique (Chapitre 3). L'une des conséquences en est une désaffection des partis (pp 118-121). Même s'ils rassemblent de moins en moins de membres, les partis  ne sont pas pour autant dépassés. Pour l'auteur, ils sont au contraire indispensables car ils assurent :
  1. La cohésion entre les différents niveaux de pouvoir. 
  2. La stabilité pour le gouvernement grâce à une "majorité affermie" (p.119) assurée au  Parlement. 
  3. Des débats préparatoires aux sessions parlementaires. 
  4. Un  appui d’expertise fourni par les spécialistes du parti.
Ces quatre arguments sont assez facilement retournables:
  1.  D’une part, c’est bien le processus démocratique qui a voulu séparer les compétences entre différents niveaux de pouvoir et d’autre part il existe déjà des institutions qui s’occupent démocratiquement de la cohésion.
  2. Utiliser un parlement pour stabiliser un gouvernement, n’est-ce pas une forme de confiscation du pouvoir, ou au moins d’entorse à la séparation des pouvoirs ? M. Di Rupo utilise d'ailleurs l'expression "majorité affermie", n'est-ce pas contradictoire avec le principe même d'un débat ouvert si ce dernier est entendu comme le lieu d'échanges pouvant conduire à la décision autonome ?
  3. L'auteur  reconnait par ailleurs que la population est mieux formée et mieux informée, qu’elle est prête à s’impliquer dans la chose publique et que la technologie le permet plus facilement donc: n'existe-t-il pas aujourd’hui d’autres lieux de débats préparatoires ? Y compris des lieux démocratique (les Commissions) ou virtuels (les forums...) ? Le Parlement ne bénéficierait-il pas de meilleurs débats sans la confrontation des partis ? Et les 541 jours de négociation, présentés à plusieurs reprises par M. Di Rupo comme un événement douloureux mais globalement positif pour la Belgique est-il vraiment un bon exemple de la capacité des partis à gérer un compromis? En effet, que se serait-il passé sans parti ? La crise aurait-elle duré aussi longtemps ou bien les députés se seraient-ils mis d'accord entre eux, comme le prévoit la Constitution ? Auraient-ils osé se représenter devant les électeurs ou auraient-ils désigné un gouvernement. Enfin:
  4. L’information d’expertise n’est-elle pas aujourd'hui aisément accessible, précisément grâce aux technologies modernes. D’ailleurs le Parlement ne peut-il pas convoquer des experts? D'autre part, quel est le statut des Centres d'Etudes des Partis. Sont-ils vraiment constitués d'experts scientifiquement reconnus ou bien y trouve-t-on une pépinière pour l'idéologie du parti ?

Le Parti: obstacle au Progrès?


Nous avons eu l'occasion d'émettre ces remarques à M. Di Rupo lors d'une séance de présentation de son ouvrage le 21 septembre 2017. La question posée était globalement la suivante: " Vos quatre arguments pour sauvegarder les partis sont assez facilement retournables. Vous mentionnez les changements dans le champ politique et vous vous définissez comme un progressiste.  En tant que politicien chevronné, pouvez-vous imaginer que ces changements se dirigent vers un monde politique sans Parti ? Le Parti n'est-il pas devenu un obstacle au Progrès?"




Comme on peut le voir sur la vidéo, l'argumentation de M. Di Rupo se complète comme suit: "S'il n'y a pas de parti, gouverner sera presque impossible. Si la politique ne réussit pas à réguler la société, qui d'autre le fera ? Les entreprises ? Qui d'autre ? Personne." Ou bien encore: "Comment voulez-vous avancer si de manière permanente, sur chaque point, au Parlement ou au Gouvernement, tout change ? Comment voulez-vous faire ? Il faut un minimum de garde-fous... Il existe des discussions âpres mais le Parti permet d'arriver à un résultat. " (c'est l'argument 3, voir ci-dessus)

L'argument par l'absurde est encore utilisé: "Ce serait un affaiblissement sans nom s'il n'y avait pas de parti politique. Et cet affaiblissement va être à l'encontre de l'intérêt des citoyens. "
Monsieur Di Rupo reprend ensuite les éléments de son chapitre 3. La démocratie représentative ne suffit plus. Il faut y adjoindre une démocratie directe mais orchestrée et une démocratie contributive, régulée elle aussi. Dernier élément: il faut effectivement démocratiser les partis, cependant, toujours d'après M. Di Rupo, le parti socialiste s'est déjà largement inscrit dans cette optique.

Par l'absurde ?


Pour être recevable, la preuve par l'absurde nécessite que l'ensemble des alternatives soient étudiées. Visiblement pour M. Di Rupo il n'y a qu'une organisation possible, l'alternative étant le chaos. Dès lors, son raisonnement serait cohérent.  Toutefois, il est permis de douter aujourd'hui de la pertinence de cette vision. En effet il existe des systèmes politiques sans parti, y compris en démocratie (durant les premières années de notre pays par exemple ou dans certaines communes). Et il existe des régimes politiques non-démocratiques avec et sans parti.
M. Di Rupo en appelle à la nécessité d'une régulation mais l'ordre qu'il envisage est issu d'une instance non démocratique.
Est-il exclu d'imaginer de nouvelles conquêtes guidées par une régulation démocratique autonome?


 

samedi 19 août 2017

Valérian : le repli sur soi pour sauver le vivre ensemble ?

Le repli sur soi pour sauver le vivre ensemble ?


L'adaptation cinématographique de la série "Valérian" propose un univers qui pourrait évoquer la cohabitation pacifique entre les cultures et les individus. On y trouve aussi des traces d'écologisme et de repentances post-génocidaires. Pourtant l'ensemble nous laisse un goût très amer. Un paradoxe étrange se dégage du film: en quelques décennies, le repli sur soi est-il devenu la valeur ultime du vivre-ensemble ? Nous partirons de la vision donnée par l'auteur de Valérian et nous la comparerons à celle du film.

Pour bien comprendre, il nous faut livrer quelques détails sur la trame générale du film . Un chef de guerre très puissant décide pour sauver ses troupes de détruire l'ennemi avec une arme qui éliminera également la planète Mül et ses habitants. Une poignée de ces derniers parvient à s'échapper et à rejoindre clandestinement Alpha, une gigantesque station spatiale, construite par l'amoncellement de milliers d'engins aliens et dirigée par les humains. Les Müls vivent cachés et récupèrent du matériel technologique pour se construire un vaisseau dans le but de s'évader. Le chef de guerre, devenu responsable de la station Alpha, est bien décidé à se débarrasser de ces passagers qui pourraient compromettre sa réputation. Il fait croire à une contamination de leur secteur et demande à Valerian et Laureline d'intervenir... Ces derniers finiront par découvrir la vérité et à aider les Muls à quitter la station.

Le Valérian de Christin

 


Ce qui nous intéresse ici, c'est la construction politique de ce monde et le message idéologique véhiculé par le film. Récemment, le scénariste Pierre Christin déclarait à propos de sa série Valerian: "... c'est une bande dessinée résolument antiraciste, anti-xénophobe et anti-confessionnelle, depuis le début. Elle est née dans un contexte où la plupart des BD étaient conformistes, avec un type de héros incarnant l'appareil d'Etat: des soldats, des scouts, des flics, des pilotes... fondamentalement des bras armés. Valérian étend l'humanisme jusqu'aux non-humains." (Pilote Spécial Valérian, Dargaud, juin 2017, p.9).
C'est effectivement l'impression que laisse Valérian dans le contexte français de la fin du XXème siècle.

Pourtant il faut apporter un bémol à la déclaration de Christin. Notons dans le cas qui nous occupe que l'album dont est issue le film, l'Ambassadeur des Ombres, propose une station Alpha où les mélanges culturels sont insignifiants: "Il y a des milliers de races sur Point Central... personne ne passe jamais d'une cellule à l'autre... on utilise les écrans pour communiquer.. "(p.17).
Une seule race, aphone, circule dans les couloirs. Les autres races restent compartimentées. La race qui a créé Point Central est la plus avancée de toutes mais elle a préféré disparaître volontairement (contrairement au génocide décrit par Besson). La Terre, via son ambassadeur, veut établir l'ordre par la force sur Point Central. Les Ombres, grâce à Valérian et Laureline, parviennent à convaincre les hommes du bienfondé de la paix sans recours à la force. Mais en définitive cette paix bienveillante et in extremis défendue par l'ambassadeur terrien converti, est sabordée par la race aphone qui établit la morale par la force. Le message est donc relativement défaitiste et plutôt ambigu.

Le Valérian de Besson

Besson a-t-il réalisé un film d'action, sans visée politique ou bien est-il pertinent d'analyser son message? Le réalisateur répond lui-même à cette question. Il déclare à Paris Match dont la question est "Dans votre film, y a-t-il un message sous-jacent sur la mixité, sur le partage?": "Absolument. Ras-le-bol des histoires où le méchant vient d'ailleurs, donc de l'étranger, pour détruire la Terre. Quid du vivre ensemble? L'histoire de Valérian est politiquement intéressante. Elle évoque le cynisme de nos sociétés, des multinationales qui nous mentent, trichent. Où est le Mal vraiment? Vient-il de loin ou est-il plus proche de nous qu'on le croit? Quand on voit le film on a l'impression d'assister au JT de la veille. C'est très actuel. Et moi j'ai voulu que cela soit très positif. C'est ma vision de l'avenir." (Paris Match Hors-série Valérian, juillet 2017, p.59)


Anti-conformiste ?


La cité Alpha est maintenant présentée comme un assemblage de vaisseaux dont les premiers proviennent des peuples de la Terre. Alpha est toujours dirigée par les humains et c'est d'ailleurs pour que ces derniers restent maîtres à bord que le Conseil a couvert la destruction de la planète Mül. Alors que dans la version initiale de l'Ambassadeur des Ombres : "C'est justement au tour de la Terre, et pour la première fois, de présider le prochain conseil". Les Humains ont un rôle central et sont dépositaires de l'autorité." (Idem, p. 117), Valerian et Laureline sont bien ici le bras armé de l'Institution en place.
La construction de cette société, sous l'égide des humains, ressemble étrangement à un univers cloisonné. Bien que les créatures se saluent à leur arrivée sur Alpha durant le prologue du film, elles vivent chacune dans leur secteur, chacune dans son rôle spécifique. Entre ces univers qui coexistent, il existe des parois qui peuvent être franchies par les héros mais qui délimitent des zones de non mixité.
Certes le général génocidaire est disqualifié et devient le méchant de l'histoire mais cela ne remet ni en cause l'organisation d'Alpha ni même le pouvoir en place. Il n'existe aucun contre-pouvoir: ni opposition politique, ni presse par exemple. Le déroulement de l'intrigue et l'univers développés ne montrent, à nos yeux, aucun anti-conformisme.

Anti-raciste ?


Il y a plus étrange: le peuple Mül est présenté à la fois comme respectueux de l'environnement (il rend à la Nature ce qui lui a été pris), comme victimaire (il a été détruit lors d'une guerre qui ne le concernait pas), comme savant (il a étudié les connaissances de l'homme y compris... la philosophie) et comme vertueux (il a pardonnée aux assaillants) et, en même temps, ses survivants ne veulent en rien se mélanger aux autres. Au contraire, ils vivent cachés comme des rats, volent le matériel et n'ont qu'une idée en tête: fuir Alpha. Ils sont l'archétype d'un peuple dont le salut vient de sa pureté et de l'absence de mélange avec d'autres, y compris de ceux qui défendent le vivre ensemble. Ce qui est constitutif d'une politique raciste.

Protéger le repli sur soi est-il le salut de l'humanisme ?


Mais le plus étonnant est sans doute la réaction de Laureline à la fin du film. Présentée comme une brillante intellectuelle, elle use de ses charmes auprès de Valérian pour pousser les Muls à déguerpir au plus vite dans l'espace intersidéral. C'est au nom de l'amour qu'elle invite son compagnon d'armes à désobéir aux ordres et, surtout, à renoncer aux vertus du cosmopolitisme. A ce stade de l'histoire, rien n'empêchait aux deux héros de dénoncer les agissements du général génocidaire, de demander que l'Etat  rende justice et de permettre aux Muls de s'intégrer dans Alpha. Valérian aurait agi de la sorte s'il avait été "humaniste jusqu'aux non-humains". Mais l'histoire se termine par la dévalorisation de l'humanisme  et par le triomphe du sectarisme, avec l'appui des meilleurs représentants de l'Etat, le tout noyé dans une idéologie paradoxalement soixante-huitarde.

Ou bien une nouvelle idéologie émerge et la vie en communauté (re)deviendrait un bien suprême sous couvert de l'harmonie avec la nature, de la capacité de pardon et de l'acquisition de connaissances. L'Etat serait alors convié, comme autrefois, à assurer la sécurité de tous et à neutraliser les méchants mais il devrait, en plus, admettre que des groupes seront plus heureux en dehors de lui. Est-ce compatible avec les droits universels de l'homme ? Est-ce un nouvel avatar de la modernité ou un pas vers la post-modernité ? Ou un retour vers un monde pré-moderne (il est cocasse de rappeler ici que Laureline, qui est à l'origine de la décision finale, est issue du Moyen-Age) ?
Ou bien encore le message final serait-il que la connaissance, le respect de la nature et le pardon, aussi sympathiques soient-ils, n'ont pas leur place dans notre monde moderne ?



jeudi 10 août 2017

Exercice de philosophie #22: Parc aquatique et libéralisme

Exercice de philosophie: Parc aquatique et libéralisme


Votre situation:


Vous avez pris un peu de repos et vous vous êtes rendu dans un parc d’attractions. Plus précisément dans un centre aquatique car vous aviez envie d’étudier le lien social dans sa plus simple expression. Vous entrez donc, vous vous mettez en maillot et vous vous installez dans l’eau. Contrairement au parc d’attractions où les tenues vestimentaires pouvaient encore vous donner des indications sur les orientations sociales ou religieuses ici s’instaure une forme d’égalité. Il ne subsiste que des indications sur l’âge, la langue, le sexe et la couleur de la peau. Toutefois la plupart des personnes autour de vous agissent comme des électrons libres, les interactions sont peu nombreuses voire inexistantes en dehors des groupes déjà formés. Votre attention se porte aussi sur ceux et celles qui portent des tee-shirts, les employés du centre, ils sont à votre service. Ils peuvent faire des remarques aux clients qui se comportent mal ou aider ceux qui ont des difficultés. Vous vous sentez en sécurité et vous nagez à votre aise. Tout a été calculé pour votre bien-être.
Vous repensez à la vie dehors, de l’autre côté du mur d’enceinte du parc, et vous vous demandez pourquoi la quiétude qui règne ici n’est pas transposable partout ailleurs.
L’eau chaude transporte votre esprit et vous tentez de comprendre dans quelle eau vous avez mis les pieds. Il y a des gens qui travaillent et d’autres qui profitent (dont vous). Vous avez pu rentrer ici car vous avez payé, vous êtes un client. Le service ne vous est pas offert, il vous est vendu. Ce qui signifie que, quelque part, quelqu’un tire un profit de cette entreprise. Vous savez aussi que tous les services ne sont pas vraiment assurés en interne. Les déchets sont évacués et traités ailleurs, l’électricité n’est pas produite sur place, en cas d’accident, des ambulanciers viendraient, et si un acte délictueux était commis, la police serait mobilisée.
Vous le comprenez bien, vous vivez des instants dans une incarnation du capitalisme. Vous êtes sur un marché et vous êtes même un client captif car boissons, nourritures et autres suppléments sont vendus exclusivement par le maitre des lieux. Vous êtes au coeur d’un monopole, mais vous l’avez choisi volontairement,  tout comme toutes les personnes autour de vous. Vous savez que le monopole, qui est décrié par les libéraux eux-mêmes, signifie que les prix ne dépendent que du vendeur, mais vous vous sentez tout de même bien dans l’eau chaude. Si bien que la question se repose: pourquoi ne pas étendre cette façon de fonctionner à la société entière ?

Vos questions:

1. Le voile d’ignorance: Vous arrivez un matin devant le parc d’attraction. Vous savez qu’à l’intérieur il existe des clients, des employés et des propriétaires. Malheureusement vous avez perdu la mémoire, vous ne savez plus du tout dans quelle catégorie vous vous trouvez. Que faites-vous ? Entrez-vous ou partez-vous? Pourquoi ?
2. L’enceinte qui entoure le parc d’attraction est-elle indispensable au fonctionnement du parc ? Si vous pensez qu’elle est indispensable, expliquez comment elle est compatible d’une part avec le coeur du libéralisme qui est, pour les libéraux, la liberté et d’autre part avec la mondialisation. Si vous pensez qu’elle n’est pas, expliquez comment le parc fonctionnera avec des gens qui payent pour entrer et d’autres pas ?
3. L’égalité entre les clients (surtout marquée dans la piscine) vous semble-t-elle une caractéristique des parcs d’attractions ? oui/ non
3a - si oui: Sachant par exemple que certaines personnes peuvent acheter des coupe-files, cette égalité est-elle constitutive du libéralisme ou plutôt du communisme ? Pourquoi ?
3b - si non: Vous pouvez remettre en cause cette égalité: par exemple en expliquant qu'il subsiste des différences "naturelles"ou "acquises": physionomies, comportements... Dans ce cas, ces inégalités sont-elles irréductibles ou bien faut-il les supprimer ? Comment ?
4. Pensez-vous qu’il serait positif ou négatif d’étendre à la société entière l’organisation d’un parc d’attractions ? Comment devrait-on faire pour le réaliser ou pour éviter qu’il se produise ?


mardi 18 juillet 2017

Et si nous vivions dans l'Ancien Système ?


Cet article a été publié sous la forme d'une carte blanche dans "Le Vif", le sujet est en outre développé sous une forme humoriste sur la page facebook "Ancien Système"  

Et si les événements que nous traversons ne constituaient pas une crise mais bien plutôt une suite historique annoncée dès la fin du 19eme siècle par Nietzsche et reformalisée un siècle plus tard par Lyotard? Autrement dit : l'avènement de Trump, l'élection de Macron et, dans une plus modeste mesure les soubresauts politiques wallons peuvent-ils être considérés comme les signes de la fin d’une période historique: celle de la Modernité et de son organisation politique actuelle. En référence à l'Ancien Régime, nous proposerons  l'appellation d’Ancien Système. Et pour que ce dernier advienne, quels meilleurs acteurs possibles que des "systémo-sceptiques" ?

Les grandes promesses de la Modernité avaient été : liberté, égalité, fraternité ou bien encore autonomie de l’individu par rapport au roi et par rapport à la religion via le développement de la raison. Très tôt, des voix se sont élevées pour indiquer les dangers inhérents à l’individualisme et au relativisme constitutifs de ce nouveau monde. Succédant au Roi et au Pape, d'autres grands récits fondateurs ont donné des socles a la vie en société: Ecole, Famille, Patrie, Sciences, Etat,... Puis peu a peu, et c'est le constat de Lyotard, ces grands récits se sont érodés. Le monde occidental a remis en cause ses fondamentaux idéologiques. L'avenir nous dira si l'on doit parler d'une crise interne de la Modernité ou du passage vers la Postmodernité, bâtie sur d’autres bases.

Il nous semble que les avènements de Trump et de Macron et l'enlisement des partis wallons plaident en faveur de cette deuxième option. Il s'agit dans les trois cas de remises en cause de la Modernité par les citoyens, à des titres divers, de la raison, de la liberté et de la démocratie.
Dans cette approche, les « affaires » révélées par la presse ne sont pas la cause du rejet des partis mais un prétexte pour exprimer une fatigue plus profonde. La fatigue face à la démocratie telle qu'elle a été exercée depuis des décennies. Autrement dit, le Parti qui pouvait être considéré comme un Récit (au même titre que la Patrie, la Famille ou l'Ecole) se voit lui aussi délité. Tout comme l'autorité du Roi divin, puis celle du curé, puis celle du chef de famille, celle de l'instituteur... ont été balayées, vient maintenant le tour de celle du chef de Parti.

Réactionnaires


Il peut exister des attitudes réactionnaires, comme celles de personnes qui rêvent de l'ancienne Ecole ou qui veulent le retour aux vraies valeurs. La Réaction c’est la tentation du retour au régime précédent présenté comme meilleur et indépassable à l’encontre du courant dominant. Les réactionnaires ne parviennent pas à sortir de leur système de pensée, souvent par incapacité ou par intérêt, et entament une folle course contre le temps qui, avec un peu de recul, peut prêter à sourire. C’est le vieil instituteur convaincu que le bonnet d’âne est une méthode pédagogique confirmée et qui se fend d’un ouvrage destiné à le réhabiliter. C’est le facteur qui se bat contre l’email ou le taximan qui veut interdire l’uberisation. Et si c’était aussi les ténors du Parti faisant valoir leur statut de détenteurs uniques de la Démocratie ?
En suivant ce raisonnement, ils nous semble que certaines attitudes s’éclairent. Si, comme nous le soutenons ici, les réactionnaires sont ceux et celles qui aujourd’hui prétendent qu'en-dehors des partis politiques traditionnels ne peuvent exister que les anti-démocrates, les idiots, les extrémistes et autres individus infréquentables alors il nous faut admettre que les représentants du futur se trouvent justement parmi ces gens aujourd’hui montrés du doigt et que nous qualifierons de "systémo-sceptiques".  Ces derniers peuvent être anti-démocrates s’ils souhaitent la fin de la démocratie, ou démocrates s’ils considèrent, par exemple, que les relations entre les politiciens et le monde économique sont préjudiciables aux citoyens ou bien encore que la particratie est une confiscation de la démocratie. 
Pour ce dernier point, la critique est connue : pour être élu, le candidat doit impérativement figurer en ordre utile sur la liste d’un parti important. C’est le Parti qui établit l’ordre des candidats, c’est donc le Parti qui choisit les futurs élus. N’iront au pouvoir que ceux qui auront été sélectionnés par le Parti, le pouvoir est donc au Parti, il s’agit donc d’une particratie. Certaines personnes considèrent que ce système politique, qu’ils refuseront de nommer particratie, n’est pas un problème pour la démocratie. D’autres y voient une captation anti-démocratique du pouvoir. Ces derniers, des systémo-sceptiques, s’inscrivent dans le mouvement de déconstruction des grands Récits que nous évoquions plus haut.

Systémo-sceptiques


Que l’on se comprenne bien, il ne s’agit pas de dire que la dissolution des Partis est nécessaire parce qu’ils seraient composés de trop nombreux mandataires véreux. Ce qui est en jeu ici c’est la dissolution du principe même de Parti car il est un Récit né dans la Modernité. Les « affaires » précipitent peut-être le mouvement car elles focalisent l’attention sur un (ou plusieurs) parti(s) et mettent en lumière les agissements honteux de certains membres du parti. Mais c’est bien le caractère systémique de ces « affaires » qui pousse à la réflexion : les personnages suspectés ont bien été placés par le Parti, les lois qui ont rendu ces pratiques possibles ont bien été votées par le Parti et le « jugement » des "coupables"  est bien effectué par le Parti. Pourtant le Parti refuse d’évoquer un caractère systémique à ses errements.
Pour justifier le système actuel, autrement dit pour sauver le Récit, il est possible soit de nier ou de minimiser les critiques particratiques, soit de les admettre et de se satisfaire de la situation en affirmant, grosso modo, que les autres systèmes politiques seraient pires. 
Mais une part non négligeable des citoyens, ceux que nous avons nommé les systémo-sceptiques, ne se satisfait plus de ces deux justifications et demande une remise en cause du système actuellement en place, ce qui, selon nous, pourrait être assimilé à la déconstruction du Récit du Parti. Pour les systémo-sceptiques, il est inconcevable que les politiciens actuels soient impliqués dans la gestion de la situation parce que leur seule présence dans le Parti signe leur appartenance au système. Cela ne signifie pas que ces politiciens soient malhonnêtes ou traitres mais bien qu’ils croient encore dans le Récit du Parti. Ils ne perçoivent pas l'évolution ou la nient ce qui est synonyme de discrédit si l'on adopte, comme nous l'avons fait ici, la perception d’une Histoire qui quitte la Modernité. De la même façon que, après la Révolution Française, les aristocrates n’étaient pas forcément des malhonnêtes ou des traitres, mais qu’il était devenu illégitime pour eux de gouverner car leur temps était révolu.

Ancien Système


Si les politiciens actuels constituent une partie de l’Ancien Système (pour faire référence à l’Ancien Régime) et devront donc, tôt ou tard, quitter la scène, cela ne signifie pas pour autant que le reste de la population suit l'hypothétique courant de l’Histoire. Et c’est ici que se cachent le vrai danger et l'opportunité à saisir. Ils sont cachés par une menace agitée comme un épouvantail par ceux qui défendent le Système : la constitution ou l'avènement de tel ou tel parti extrémiste. Le niveau de cette menace nous semble peu élevé  puisque, en tant que Parti, ce nouvel avatar du Récit, disparaitrait à son tour rapidement.
Par contre il existe un danger plus imminent : l’apparition d’une radicalisation violente du changement, comme a pu l’être la Terreur. Dans cette approche, le danger à venir n’est donc pas Hitler ou Staline, mais bien Robespierre. Qui gèrera la violence si la contestation contre le Parti quitte le domaine pacifique de l'abstention électorale pour rejoindre la rue ?
Et il existe aussi une formidable opportunité à saisir. Quelles valeurs, quelles pratiques, quelles traditions allons-nous préserver ? Car bien sûr dans toute évolution, des éléments sont conservés et d'autres emportés. Etre opposé à l'apprentissage par coeur des tables de multiplication ne signifie pas que l'on ne veuille plus que nos enfants apprennent à calculer. Alors qu'allons-nous conserver ? Le respect de l'autre ? La bienveillance ? Le profit ? La compétition ? La liberté ? L'égalité ? La fraternité ? Tout est encore possible et c'est le formidable projet que nous devons relever pour qu'un jour l'on puisse parler avec soulagement de l'Ancien Système comme on le fait aujourd'hui de l'Ancien Régime.

vendredi 16 juin 2017

Exercice de philosophie #21 : Abstentionnistes démocrates ?

Exercice de philosophie #21 :  Abstentionnistes démocrates ?

 

Situation: 


Vous partez en vacances avec neuf amis. Vous avez loué un grand chalet à la montagne et tout le monde est d'accord bien avant le départ: on décidera des activités à la majorité. Le lundi, vers 18 heures, vous vous réunissez au salon, comme il est d'usage entre vous, pour choisir le restaurant du soir. Sur les dix amis, sept choisissent la pizzeria. Les trois autres acceptent donc et vous partez tous ensemble. Le mardi soir, la même discussion reprend mais vous n'êtes plus que sept dans le salon, trois autres regardent le paysage depuis la terrasse et ne participent pas à la conversation. Sur les sept présents, quatre décident d'aller au restaurant chinois. Huit personnes y vont, les deux dernières, fatiguées par le ski, préfèrent rester dans leur chambre. Le mercredi, vous voulez à nouveau décider du restaurant mais il n'y a plus que quatre personnes dans le salon, les six autres sont au balcon. Cette fois une belle majorité se dégage puisque trois personnes veulent manger japonais. Au moment de mettre vos manteaux pour sortir en ville, vous constatez que les six autres amis ont décidé d'aller au bowling.

Vos questions :


A. Comment réagissez-vous? Entourez votre réponse : vous allez manger des sushis, vous allez renverser des quilles ou bien vous demandez à revoter.
A.1. Si vous avez répondu "sushis": pourquoi ne vous pliez-vous pas à la volonté de la majorité ? Si vous estimez que les personnes à l'extérieur n'ont pas respecté les règles, expliquez si vous êtes prêt à revoir ces règles ou bien si elles sont immuables ?
A.2: Si vous avez répondu "quilles" : passez à la question B.
A.3: Si vous avez répondu "revotons": répondez à la question A.1.

B. Dans un pays qui se déclare démocratique, si plus de la moitié de la population ne se rend pas aux urnes, une décision prise par la majorité des autres vous semble-t-elle:
B.1: Légitime? Pourquoi ?
B.2: Conforme à l'idée de la démocratie ? Pourquoi ?
B.3:  Si vous avez répondu "oui" à la question B.2: ajoutez à la moitié des non-votants, les étrangers et les enfants, et reposez-vous la question B.

C. Comme nous l'avons vu au cours, la démocratie n'est pas une institution figée et elle s'est transformée au cours du temps: le suffrage n'a pas toujours été mixte, ni universel. D'ailleurs il ne l'est pas encore puisque les enfants ne votent pas. Le suffrage est parfois proportionnel parfois pas. Que diriez-vous à une personne qui vous avouerait ne pas s'être rendue aux urnes ?

vendredi 26 mai 2017

Mots à la dérive #11: Liberté d'expression parlementaire


Ce lundi 22 mai, le Parlement wallon a solennellement réaffirmé l'importance de la liberté d'expression de ses membres. A l'unanimité, lls ont approuvé la résolution déposée par Mme Pécriaux et MM. Antoine, Onkelinx, Wahl et Collignon. Présenté à la presse comme un geste fort pour la protection de la liberté d'expression parlementaire face aux assauts d'ennemis qui voudraient la faire taire par une plainte au Civil, le vote ne résonne-t-il pas plutôt comme l'hallali d'un corporatisme aux abois ?
Si l'on peut se réjouir du rappel par le président du Parlement de l'importance de la liberté d'expression dans la recherche de la vérité, il faut alors pouvoir l'appliquer à la déclaration elle-même. Or cette dernière cumule les critiques traditionnellement reprochées à la corporation des politiciens. Premier grief qui pourrait être adressé: les élus qui la déposent. La majorité d'entre eux sont des "fils de..." ou des "frères de...". Bien sûr on pourra arguer qu'ils forment le bureau du Parlement et que c'est à ce titre qu'ils ont déposé le texte, pour lui donner plus d'importance. A y bien réfléchir, ce que cela signifie est encore plus embarrassant: le bureau du Parlement est majoritairement composé de "fils de..."

Ensuite le vote. Le président parle d'unanimité, c'est vrai sans l'être. Sur les 75 députés, 57 étaient présents et seulement 5 bénéficiaient d'une absence motivée. 24 % de  nos élus ne se sentaient pas concernés par ce moment présenté comme crucial pour la démocratie.

Le déroulement de la séance laisse rêveur tout amateur de débat. Le président récite son texte, faisant référence à des documents fondateurs de la démocratie qui en appellent à la liberté d'expression. On pourrait s'attendre donc à un débat autour du questionnement central: si la plainte a été jugée recevable par la Justice, c'est qu'elle doit bien être compatible avec notre Etat de Droit. Et si tel est le cas, la résolution ne constitue-t-elle pas, elle-même, une entrave à la séparation des Pouvoirs? Quelques précisions seraient-elles les bienvenues.
Mais la discussion générale se limitera a une salve d'applaudissements, aussitôt suivie par le vote.

Trois raisons possibles au silence

Comment interpréter ce silence assourdissant ? Trois solutions se présentent spontanément. Soit tous les élus étaient d'accord avec le texte proposé et ils ne se posent aucune question. Personne ne s'interroge sur le caractère paradoxal et anti-démocratique d'une potentielle pression sur le Pouvoir judiciaire évoquée ci-dessus. Personne ne s'interroge sur la voie ouverte vers la diffamation et la tenue de propos anti-démocratiques. Car, évoquer une liberté d'expression sans restriction, c'est ouvrir bien des portes...
Deuxième possibilité, certains élus auraient bien placé un mot tout de même mais les consignes des partis les avaient "invités" à l'unanimité et au calme. Au passage, notons que de telles consignes, si elles existaient un jour, devraient, pour les raisons invoquées dans la résolution, être strictement considérées comme anti-démocratiques par le Parlement.
Enfin il peut s'agir d'une sorte de réflexe corporatiste à vocation pédagogique: un message clair envoyé au (bon) peuple pour lui rappeler que le système politique en place est le seul à incarner la démocratie et que cela ne se discute pas, pas même en discussion générale au Parlement. Au fond, cette unanimité symboliserait alors une forme d'Union Sacrée ou de... Parti Unique.
Dans les trois cas, ce qui est mis en péril, c'est justement et paradoxalement la liberté d'expression et la possibilité même des conditions du débat.

Liberté d'expression ?

Et dans cette lecture, la plainte déposée (dont nous n'avons malheureusement pas pu nous procurer le contenu exact, Nethys n'ayant jamais répondu à nos sollicitations) ressemble bien à un caillou dans la chaussure. Mais contre quel pied ? Remettre en cause le travail de la Commission d'Enquête n'est-ce pas démocratiquement sain dans la mesure précise où, dès l'origine, cette dernière est constituée de membres partiaux. Car, enfin, la première question que se posera immanquablement un véritable enquêteur reste: à qui profite le crime ? Et si un pourcentage de ce profit revient à groupe particulier, il est aberrant, en démocratie, que ce groupe devienne le juge de l'enquête...
Ensuite le véritable enquêteur cherchera certes à comprendre le déroulement du crime mais surtout à déterminer qui a mis au point le système qui le rend possible: le parrain est plus condamnable que le dealer.  Est-ce l'impression que donne cette commission ?
Le reste n'est-il pas un vaste enfumage ? Ceci dit M. Antoine a probablement raison en citant à la fin de son discours le poète Jacques Prévert qui écrivait: « Lorsque la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie."

lundi 1 mai 2017

Mots à la dérive #10: Front Républicain (et Ancien Système)


Mots à la dérive #10: Front Républicain (et Ancien Système)

Pour ce dixième "Mots à la dérive", nous allons nous pencher sur les expressions de "Front Républicain" et de "Système", avant de forger le concept d'"Ancien Système". Munis de ces notions, nous pourrons analyser le conflit Le Pen - Macron dans une autre grille.


A première vue, le "Front Républicain" désigne une union de diverses forces engagée dans une guerre au nom de la République. Nous définirons ici "Front républicain" par cet élan entendu dans la classe politique française et dans certains médias et dont l'objectif est de faire front au Front national, au nom de la République.
Il convient alors de définir ce qu'est la République. Nous suivrons le Larousse (1994): "Forme d'organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l'exercent en vertu d'un mandat conféré par le corps social." Le front républicain doit donc rassembler, a priori, ceux et celles qui sont opposés à la monarchie (et plus généralement à l'aristocratie) ou à la théocratie puisque les mandats y sont conférés respectivement par un roi et par un dieu. 

Qui est membre du Front ?

 

Les organismes et institutions qui détiennent un pouvoir sans l'avoir obtenu d'un corps social sont-ils républicains ? Un chef d'entreprise capable d'influencer le taux de chômage d'une région est-il républicain?  Un président de parti politique ou plus généralement ceux qui composent les listes et choisissent ainsi les futurs mandataires, sans en référer au corps social, sont-ils républicains ? Un journaliste qui dévoile (ou pas) un scandale qui déstabilisera un candidat à une élection, est-il républicain ? Un président qui reçoit un mandat par referendum pour orienter son pays dans une direction et qui choisit de le diriger dans une autre, est-il républicain? Un technicien qui développe une nouvelle application internet et concentre un pouvoir colossal, est-il républicain ? Un informaticien qui dévoile des informations secrètes est-il républicain ?  ...
Nous pourrions continuer cette liste dans laquelle, à chaque fois, un pouvoir, parfois exorbitant, est détenu ou accaparé par des personnes sans le moindre mandat du corps social. 
Pour autant, le caractère républicain n'est pas forcément absent de ces comportements car il est possible d'invoquer la liberté individuelle qui explique les exemples ci-dessus sans nier la République. En effet cette liberté peut elle-même être encadrée par un système d'accréditations, d'autorisations, d'agréments etc, qui sont in fine octroyés par la République.
D'ailleurs, est-ce par dérive?, le terme "républicain" est probablement utilisé par les défenseurs du "Front Républicain" comme synonyme de "démocratique", voire même de "citoyen". 

Front Républicain contre la République

 

Il faut pourtant se méfier des conséquences anti-démocratiques d'un tel "Front Républicain". Certes une situation d'exception (guerre, pandémie, catastrophe naturelle...) peut justifier, un temps, un temps seulement, la prise de mesures politiques spéciales, pouvant d'ailleurs aller jusqu'à la levée de la Constitution. Donc appeler à supprimer tout débat politique pendant une élection, pour court-circuiter un processus électoral peut se justifier. Mais il faut bien prendre la mesure de ce que cela signifie dans le cas de figure du second tour de l'élection présidentielle française de 2017.
D'abord, symboliquement, les sympathisants du FN, c'est-à-dire un électeur sur cinq, sont assimilés à des envahisseurs ou à des virus mortels (l'expression 'cordon sanitaire' est d'ailleurs parfois utilisée). Autrement dit une frange de la population est diabolisée, ce qui n'est pas neutre pour la cohésion sociale puisque ces personnes vivront toujours en France au lendemain des élections.
Ensuite ils sont combattus par une sorte d'état d'urgence électoral. Le message lancé est extrêmement puissant et c'est sans doute le but de ceux qui le formulent. Mais le principe même d'un état d'exception suppose que des mesures soient prises pour résoudre la crise et éviter son retour. Or ce n'est clairement pas le cas ici puisque le "Front Républicain", celui de 2002, a certes réussi à empêcher l'élection de Jean-Marie Le Pen mais a-t-il oeuvré pour évacuer la crise ? Si le FN était une telle menace pour la République, pourquoi n'a-t-il pas été interdit ? Avec Jacques Chirac, à l'issue du second tour, le "Front Républicain" était en position de force, avec 80% des suffrages, pourquoi n'a-t-il pas agi pour sortir de la crise qu'il dénonçait ? Deux axes étaient envisageables. Un, si certains partis sont incompatibles avec la démocratie, pourquoi le "Front Républicain" ne les a-t-il pas interdits ? Deux, sans passer par la dissolution du FN, si le constat était que l'électorat de Le Pen est constitué de personnes pauvres et mal instruites, le "Front Républicain" devait alors agir dans ce sens. Etait-il impossible en quinze ans de mieux organiser la répartition des richesses et d'améliorer l'éducation? 

Un bon Front ?


Bien sûr il est plus simple de répondre à tout cela: "De toutes façons, peu importe, il faut contrer Le Pen". Mais dans une société moderne, donc individualisée, informée de façon plus contradictoire et potentiellement plus nuancée, le manichéisme a-t-il encore sa place? Peut-on ressentir une considération véritable pour le citoyen tout en définissant à sa place ce qui est bien pour lui et, surtout, ce qui est mal ? Avec les Lumières, donc la République, n'est-ce pas l'autonomie et la liberté que les Révolutionnaires voulaient promouvoir ? La Modernité n'est-elle pas une longue marche vers l'indépendance de peuple mais aussi des esprits?
N'est-ce pas cela le Progrès ? Comment imaginer cette liberté de pensée ou même le dialogue qui conduit à la raison, en la construisant sur un Front de guerre qui lui présuppose l'obéissance et le silence ?
Bien sûr, les défenseurs du Front pourront dire que la construction intime de valeurs n'empêche pas de suivre les pas d'un maître et d'écouter sa sagesse. Mais pour être un maître il faut incarner, autrement que par des mots, ce que l'on prétend défendre. La classe politique française a-t-elle défendu depuis quinze ans les valeurs de la République: la liberté, l'égalité et la fraternité? Un gouvernement qui instaure un état d'urgence quasi permanent et qui fait descendre l'armée dans les rues est-il républicain? 

Hold up sémantique


Par ailleurs, à nos yeux, l'utilisation de l'expression "Front Républicain" est une violence faite au pays. Il n'y aurait pas de problème à évoquer une "Ligue anti-Le Pen" dont l'objectif serait le même. Mais, comme nous avons tenté de le montrer, "Front Républicain" constitue une dérive sémantique. Or la langue française est un socle commun de la France, une richesse partagée. L'usage de "Front Républicain" est un hold-up sémantique perpétré par des individus qui prétendent réaliser cet exploit pour le bien de tous les autres. Il s'agit d'une forme de paternalisme qui, justement, est contraire au courant principal de la Modernité. En ce sens l'appel à un "Front Républicain" n'est-il pas, paradoxalement, un mouvement réactionnaire ? Ce que d'autres pressentent sous le vocable de "Système" ? La menace Le Pen sert-elle d'épouvantail que les représentants auto-désignés du "Front Républicain" agitent quand leurs propres intérêts, plus que ceux de la République, sont menacés ?

Ancien Système


Admettons, pour l'exercice, que la classe politique traditionnelle soit devenue une nouvelle aristocratie, héréditaire ou pas, à vocation réactionnaire, que nous définirons ici comme une fraction du "Système". Ce dernier serait composé de politiciens et de personnes (parfois qualifiés d'élites) qui parasitent l'Etat en se faisant passer pour lui. Ainsi dans ce Système, pour reprendre nos exemples du début, on retrouve des journalistes, des chefs d'entreprise,... qui sont suspectés de ne pas être véritablement républicains mais d'en tirer profit. Peu importe ici que ce Système soit réel ou pas. Peu importe aussi que les membres de ce prétendu Système reconnaissent y appartenir ou pas.  Le fait est qu'une partie non négligeable de l'électorat français voit dorénavant une présence majoritaire de ce Système au sein de la classe politique. Et nous pensons que cette tranche de l'électorat sera importante pour le second tour. Dans cette approche, la dualité "République versus anti-République" se transforme alors en "Système versus République (débarrassée du Système)".
Ainsi, là où certains prononcent "Front Républicain", d'autres entendent "Front du Système" et veulent, eux aussi avec bonne foi, défendre la République.
Nous proposons ici de forger un troisième concept, celui d'"Ancien Système". A l'instar de l'Ancien Régime, l'"Ancien Système" désignerait une époque historique (la nôtre) dépassée par une nouvelle évolution de la République. Une notion qui pourrait se combiner, par exemple, avec l'idée d'une VIème République, chère à Mélenchon.

Macron ou Le Pen?


En suivant cette grille d'une "évolution" de la République, voyons quels seraient les rôles de l'une et de l'autre, après leur investiture.

Voulant dépasser cet Ancien Système, Marine Le Pen, pourfendant la classe politique actuelle et l'Union Européenne, pourrait alors être associée à une sorte de Robespierre... Si Le Pen venait à l'emporter, la nouvelle présidente devrait sans doute faire face à un Parlement hostile. L'occasion pour Le Pen, comme elle le promet, de faire le forcing et de sortir de l'"Ancien Système" ou, comme d'autres le craignent... de la République ?

Et Emmanuel Macron ? Quel serait son rôle ? Serait-il le défenseur de l'"Ancien Système"? Ou bien, au contraire, un autre Robespierre? Son discours ne nous permet pas de le situer clairement. En tous les cas, le "Système", lui, via le "Front Républicain", c'est-à-dire la "Ligue anti-Le Pen", semble l'adouber. En cas de victoire de Macron, les membres de cette Ligue sauront-ils s'en souvenir et le lui rappeler? L'occasion pour Macron de nettoyer, avec eux, la République (en mettant un terme au Front National?) et/ou... l'"Ancien Système"?

En tous les cas, il convient d'utiliser l'expression "Front Républicain" avec une grande prudence, en se posant quelques questions par exemple, surtout si l'on veut défendre la République.

dimanche 26 mars 2017

IVG et neutralité des cours

IVG et neutralité des cours

J’ai eu l’occasion d’assurer la formation des futurs enseignants du « cours de philosophie et citoyenneté ». Dans ce cadre, J’aimerais à mon tour intervenir au sujet de la polémique suscitée par les notes de cours de M. Stéphane Mercier dans un cours de philosophie à l’UCL. J’ai lu ces notes et je souhaite, principalement à l’usage de mes anciens étudiants du cours de neutralité, apporter quelques commentaires.

Sur le fond :


M. Mercier construit un réquisitoire, solidement charpenté, contre l’avortement. 
Il énonce d’ailleurs son propos: " Ici, je voudrais seulement examiner la question suivante: quel argument philosophique et moral peut établir que l’avortement est un meurtre criminel et qu’il n’est donc jamais justifié ? Et on verra que le nœud de la question tient à ceci: tout porte à penser que l’embryon et le fœtus sont bien des personnes humaines à part entière. » (page 2). De plus, selon Stéphane Mercier, l’avortement consiste à tuer une personne innocente (page 4). S’en suit une démonstration qui est un résumé plutôt intelligent de l’argumentation classique qui conduit à considérer que la lutte contre  l’IVG est une nécessité morale qui s’impose à tous  "Le reste… c’est très intéressant et cela mérite assurément d’être étudié, mais ce n’est rien en comparaison du prix de chaque vie humaine et de la protection des innocents, des plus faibles d’entre nous » (page 14). 
Ce réquisitoire n’est pas, à mon sens, une oeuvre de philosophe mais bien d’idéologue. 
M. Mercier ne manque pas de rigueur mais il omet d’interroger et d’accepter honnêtement le débat. En particulier, le texte néglige de rappeler l’élément constitutif d’une morale: elle est construite par un groupe d’individus partageant des valeurs communes. Les notions de "vie", de "nature humainé et d’ "innocence"  sont des valeurs  hautement connotées qui vont varier en fonction des époques et des civilisations. Ouvrir le dialogue consiste, en mon sens, à présenter ces différentes morales en expliquant leurs forces et leurs faiblesses. Ensuite il est possible de construire un cours en explicitant les réponses des différents courants de pensée et en rappelant les questions: par exemple qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce qu’un être humain ? Qu’est-ce que l’innocence ? 

Sur l’aspect déontologique


En tant que membre du personnel d’un établissement scolaire, M. Mercier est tenu à la neutralité. Si les notes publiées dans la presse constituent le cours et qu’elles ne sont pas mises en discussion avec d’autres approches, alors la neutralité n’est pas respectée. En tous les cas, je ne conseille pas à mes anciens étudiants de tenir dans leurs classes de tels propos, ni, d’ailleurs des affirmations opposées.  Ils se mettraient vraisemblablement en infraction avec les décrets du 17/12/2003 (notamment les articles 5 et 10) et du 31/03/1994 (notamment les articles 4 et 9).
En tant que membres du personnel enseignant, nous devons respecter les lois car elles sont l’expression de la majorité. La loi autorise l’IVG, que cela plaise au professeur ou pas. Et l’Etat n’a pas à être moral, il doit être, au contraire, neutre.

Sur les réactions


J’ai pu lire ici et là des propos scandalisés par l’attitude de M. Mercier. Il est évident que son attitude manque de professionnalisme pour la raison évoquée ci-dessus et il n’agit pas en tant que philosophe, au sens où je l’entends.
Toutefois, il convient de se méfier du piège inverse. L’Etat doit rester neutre. Ce qui signifie qu’en tant qu’enseignants, il ne nous appartient pas de proclamer notre opposition au raisonnement de M. Mercier. Car cette opposition serait encore une construction morale. Mépriser la position de M. Mercier, en présentant son opposé comme un absolu constitue aussi une entrave à la neutralité. Nous devons nous contenter de rappeler la loi, à savoir la légalité de l’avortement, et éventuellement les différents arguments qui s’étaient opposés dans les débats préparatoires au vote parlementaire.
La "vie", la "nature humaine", l’"innocence" constituent des sujets de discorde. En Belgique, le Parlement s’est prononcé et a légalisé la pratique de l’IVG. On pourrait dire qu’au nom de la Constitution, de la Démocratie, du Contrat Social, le Parlement a de la sorte « neutralisé » le débat. Ce qui ne signifie pas que les arguments des uns ou des autres ont perdu leur pertinence, ni même que le rapport de force restera toujours dans le sens actuel de la loi, mais cela signifie certainement que les professeurs, parce qu’ils sont des serviteurs rémunérés de l’Etat, sont tenus à la neutralité au sujet de l'IVG devant leurs étudiants.






lundi 13 mars 2017

Exercice de Philofix #20 : Le million d'euros, injuste ou immoral

Exercice de Philofix #20: Le million d'euros, injuste ou immoral ?

Rappel :

Les Etats modernes se sont construits, notamment, sur la notion de neutralité. L’idée était de chasser de l’Etat les morales, principalement issues des religions. Pour sortir de la guerre fratricide et interminable entre Protestants et Catholiques, la violence a été confiée à un Etat qui assurait, par sa neutralité, la sécurité à tous. Le bien et le mal étaient relégués dans la sphère privée. Les religions et d'autres communautés prendraient en charge la définition du bien et du mal. Dorénavant, l'Etat ne s'occuperait que du juste et de l’injuste, via les lois qui assurent l'équité pour tous, sans référence à une morale particulière mais en visant l'universalité. Les députés ne balisent donc pas le bien et le mal

Nous avons vu au cours que la distinction bien/mal - juste/injuste peut faire l’objet de nombreuses interprétations, tant il est complexe de s’accorder sur le juste, d’où la difficulté du travail parlementaire.
 
Votre question : Gagner un million d’euros alors que des employés de votre société ne gagnent pas 20.000 euros, est-ce immoral ou injuste ?

Pour structurer votre réponse:

1. Vous êtes membre de la commission Publifin. Vous pouvez choisir votre sensibilité:
1.a: Vous êtes élu de la gauche. 
En restant dans le cadre de vos convictions, comment pouvez-vous concevoir un tel écart salarial ? - En restant dans le cadre de vos convictions, quel crédit pouvez-vous apporter au rapport d'une société privée de consultance qui recommande des salaires pour des emplois publics ? Trouvez-vous la situation juste ? Si non, comment expliquez-vous que le groupe socialiste soit directement impliqué dans ce montage ?
1. b Vous êtes élu de la droite.
Dans une approche libérale, des salaires très élevés constituent un élément pertinent sur le marché de l’emploi. Ils permettent de recruter des éléments de haute compétence, dans les secteurs concurrentiels, ce que confirme d'ailleurs le rapport de la société privée de consultance.
N'oubliez pas: vous n'êtes pas seulement de droite, vous êtes aussi député et donc tenu à créer de la neutralité. Il vous revient de montrer que l'écart salarial est non seulement moral (ce qui vient d'être expliqué) mais également juste. Comment justifiez-vous que votre vision est bien universelle et qu'elle n'est pas seulement le reflet de votre morale libérale ? L'existence de telles disparités ne risque-t-elle pas de remettre en cause l'égalité en droits, fondatrice de notre société ?


2. Vous êtes désigné pour rédiger une loi destinée à fixer une limite aux écarts entre les salaires dans une même institution. Quelle proportion entre le plus bas et le plus haut salaire allez-vous proposer? Sur base de quels critères ?


3. En tant que député, commentez la réflexion suivante: "Si le salaire élevé  est immoral, il ne revient pas à la commission de trancher sur la question. S'il est injuste, alors il faut déclarer le décret illégal et le réformer. Dans les deux cas, le Parlement à autre chose à faire que d'organiser cette commission."

samedi 4 mars 2017

Les Mots à la dérive #9 : Fascisme et complotisme

Les Mots à la dérive #9 : Fascisme et complotisme


Fascisme: « 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, instauré par Mussolini et fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine et pratique visant à établir un régime comparable, à des degrés divers au fascisme italien: ce régime ». 
Facho (fasciste) : « Qui manifeste une autorité arbitraire, dictatoriale ou violente ». (Le petit Larousse illustre 2016)

Complotisme : (Inconnu par le Larousse en 2016): Système explicatif du monde qui postule l’existence d’un complot, à l’échelle supranationale ou mondiale, destiné à manipuler les populations, au profit d’une oligarchie occulte.
Notons directement que le « complotiste », contrairement à ce que son nom pourrait faire croire, n’est pas un défenseur du complot mais bien son pourfendeur.

Ces deux termes désignent des visions du monde qu’il ne s’agit pas ici d’étudier. Par contre nous aimerions discuter de leur usage, et plus spécialement de leur dérive sémantique.

A l’heure actuelle, les termes « facho » et « complotiste » sont surtout utilisés pour discréditer la position d’un débatteur. Traiter un interlocuteur de « facho » revient à diaboliser ses propos politiques ou moraux. Le traiter de « complotiste » qualifie ipso facto son raisonnement d’irrationnel ou de stupide.

Cette pratique relève d’une inquiétante dérive des mots. Par exemple, un homme politique qui souhaite protéger économiquement son pays risque d’être rapidement qualifié de facho. Comme s’il existait un lien évident entre le soutien à ses artisans ou à ses producteurs et le corporatisme puis l’exaltation du nationalisme et donc, finalement, le fascisme! Ces explications par analogies ne relèvent pas de la pensée rationnelle moderne. Si certains d’entre vous soutiennent tout de même que vouloir encourager la consommation nationale est du fascisme, qu’ils s’intéressent à la déclaration du gouvernement wallon du 24 novembre 2016

 
Il n’est pas plus correct de traiter de complotiste tout qui remet en cause les déclarations des grands Etats. Bob Woodward était-il un complotiste lorsqu’il a dévoilé le Watergate ? Existe-t-il encore un doute sur l’existence d’armes de destruction massive présentées solennellement à l’ONU par les USA?
La remise en cause de la parole officielle est une nécessité cruciale pour la vie en commun. L’histoire est truffée de mensonges assainis comme des vérités évidentes.

La dérive de ces mots continue car pour se prémunir de l’émergence du fascisme et du complotisme, certaines personnes de très bonne foi les lancent comme des anathèmes à quiconque ose exprimer une idée qui remet en cause leur propre système supposé le meilleur. Ainsi, paradoxalement, c’est au nom de la morale et de la science que les mots « fascisme » et « complotisme » risquent de transformer ceux qui les prononcent sans discernement en des fossoyeurs de la pensée. Car s’il existe réellement des fachos et des complotistes, il existe aussi une saine remise en cause et des critiques valides de notre société. Méfions-nous:  faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?