mardi 10 mai 2016

La tablette va remplacer l’instituteur : voici comment


La tablette va remplacer l’instituteur : voici comment

Un peu partout en Wallonie des écoles ont été équipées de tablettes numériques. Si cette initiative a pour ambition de favoriser le passage au monde numérique dès le plus jeune âge et d’apporter les facilités de l’informatique aux enseignants, elle porte aussi en son sein les inconvénients traditionnels de l’informatique. Et les pertes d’emploi sont à craindre… Inéluctable ?

Nous avons eu l’occasion récemment d’assister à la présentation par des instituteurs de 5ème  et 6ème  primaires de leur mise en œuvre du projet des classes numériques[1] de la Région Wallonne. Dans cette classe, dorénavant les devoirs se feront sur ordinateur. Le journal de classe papier disparaitra au profit d’une version numérique et les exercices en classe feront très régulièrement appel à la tablette. Ailleurs il peut également être question de l'utilisation d'un tableau numérique interactif.

De multiples avantages

Les enseignants ont expliqué leurs motivations: l’ordinateur apporte une multitude de facilités à l’enfant et au professeur. La principale consiste dans le fait que l’enfant pourrait enfin bénéficier réellement de la différenciation. Jusque là, explique l’instituteur, il était presque impossible à l’enseignant de déterminer objectivement les faiblesses de chaque enfant. Avec ce système informatique qui établit automatiquement des statistiques, les difficultés, celles de l’enfant et celles de la classe, apparaîtront rapidement et pourront donc être traitées plus vite. Le stockage et l’accès rapide aux devoirs, aux questionnaires vierges, aux documents de référence sont également présentés comme des gains appréciables. Autre idée évoquée : puisque de toutes façons les enfants aiment les tablettes, autant utiliser cet enthousiasme en captant le caractère ludique de l’outil pour mettre les élèves au travail. Ou bien encore : l’évolution étant inévitable, autant s’y résoudre et, puisque l’école est intégrée dans la société, tirons-en les bons côtés !
L’instituteur  « rassure » ensuite : le papier est toujours disponible et l’enfant peut rester dans le monde d’avant mais il ne pourra pas être traité avec la même précision et sera donc défavorisé (le terme n’est pas utilisé mais c’est bien le message qui est délivré) : conséquence logique du fait qu’il n’est pas différencié avec autant de précision que les autres.
L’évolution est aussi invoquée. Il vaut mieux se glisser dans le mouvement, plutôt que de s’accrocher à de vieilles idées. Il s’agit d’ailleurs d’une classe-pilote, le mot « cobayes » a été timidement utilisé pour désigner les élèves. « Et vous pouvez en être fiers ! » a répété le responsable informatique venu du service régional qui a financé l’opération (dans le cadre de la réduction de la fracture numérique, conformément au Plan Marshall). Notons au passage que, s’il y avait bien un représentant du volet technique de cette opération, par contre aucun responsable pédagogique n’avait fait le déplacement.


Une évidence, vraiment ?

Nous ne souhaitons pas remettre en cause la compétence de ces enseignants et nous saluons même l’effort considérable qu’ils doivent probablement réaliser pour mener à bien cette révolution. Mais nous nous inquiétons car ce qu’ils entreprennent ne relève pas, à nos yeux, d’une question d’enseignement mais bien d’une orientation proprement politique.


Admettons que le système finisse techniquement par fonctionner, il repose sur des hypothèses qui sont mal mesurées (parce que très peu mesurables). Ainsi comment connaitre le temps qui sera réellement dédié aux écrans ? Quel sera l’impact physiologique sur les yeux et les neurones. Quels seront, à long terme, les effets de l’usage du doigt sur un écran plutôt que d’un crayon sur une feuille. Or ces incertitudes balayées du revers de la main, ou plutôt du clavier : la directrice prétend que le passage à la tablette ne constitue qu’un changement d’outil.

Si l’on veut se référer au concept d’évolution, il faut revenir sur une interrogation classique des philosophes: le moteur de l’évolution de l’homme est-il la technique ou le langage ou bien encore un mélange des deux[2] ? L’homme a-t-il progressé grâce à la technologie ou grâce aux relations interpersonnelles générées par le langage ? Bien sûr, il est possible de penser que la vérité se situe quelque part entre les deux suppositions.  Or, force est de constater que certaines technologies récentes ne favorisent pas l’augmentation de la qualité du langage. Ne parlons même pas des langages SMS ou Tweeter, mais évoquons plus « simplement » la qualité des communications dans les call-centers. Nous avons déjà tous eu l’occasion de tenter d’entrer en contact avec le service clientèle d’un fournisseur en utilisant le pavé numérique du téléphone: 1 pour les problèmes techniques, 2 pour le service clientèle, etc.[3] Chacun peut se faire une idée de la qualité des relations ainsi générées. Et des technologies émergentes, comme les lunettes virtuelles, permettent de penser que les visages réels des utilisateurs ne seront même plus directement accessibles. Enfin, poser la question de la pertinence de l’évolution, ce n’est pas, contrairement à ce que le discours dominant prétend, forcément tenir un propos réactionnaire ou se mettre en retrait du monde[4].


La question du langage, pourtant essentielle à l’école, n’a pas du tout été évoquéz lors de cette réunion. Or elle est consubstantielle à celle de la technique, ne fut-ce que parce que les mots « widgets » , « apps », « plate-forme »… se sont invités à cette soirée. Ces nouveaux mots apportent-ils quelque chose au lien social ? Poser la question, ce n’est pas y répondre. Car augmenter le nombre de mots partagés, c’est permettre de renforcer les échanges. Mais à condition que ces mots puissent s’ancrer dans la société, sinon ils constituent un idiome qui, au contraire, élargit les fossés.

La technologie présente une autre caractéristique totalement ignorée lors de la présentation : elle est inscrite dans une spirale dont la fin la plus prévisible est sa disparition. Il n’existe plus de machine à écrire, plus de semadigit, plus de cassette audio ou vidéo… Les technologies se succèdent, et ne se complètent pas forcément. Parfois, connaître une ancienne technique peut être utile pour saisir la nouvelle, mais pas toujours. Plus personne ne serait intéressé aujourd’hui par l’apprentissage de l’installation d’un lecteur de cassettes vidéo (avec l’encodage des stations) ou le réglage des antennes radio. Et bien malin est celui qui pourrait dire aujourd’hui ce que seront devenues les tablettes demain. Sachant cela, le crayon et le papier ne peuvent-ils pas être considérés comme des outils désuets mais avantageux…

Plus de tablettes, moins d’enseignants ?

Il y a encore une autre conséquence qui, elle, est inéluctable. Le projet a été présenté sur base d’une étude canadienne  mais sans mentionner un « détail » : dans ce pays, l’éloignement géographique des écoles et leur très faible fréquentation posent des problèmes… financiers. Et l’informatique permet de réduire le nombre d’instituteurs en offrant des cours communs à des élèves géographiquement éloignés. Le mouvement qui débute en Wallonie ne serait-il pas semblable ? Lorsque les instituteurs signeront les documents attestant que les tablettes leur font gagner du temps, et ils devront estimer ce gain en pourcentages, pour « objectiver » leur analyse, ne signeront-ils pas, simultanément, leur accord tacite pour de futures réductions de personnel et/ou des augmentations du nombre d’enfants dans les classes[5] ? La technologie fonctionne systématiquement comme cela…  Là où l’informatique s'installe (banques, supermarchés, poste…), le nombre d’emploi diminue. Que les machines remplacent des emplois humainement peu valorisants, cela peut se concevoir. Mais des instituteurs…
Le jeu en vaut-il la tablette ?


[1] http://www.ecolenumerique.be/qa/contexte/
[2] Les ouvrages de Jacques Ellul, en particulier “Le Système technicien”, au Cherche-Midi, 2004-2012 (texte originel de 1977) permettent d’explorer les errances de l’informatique.

[3] A ce sujet voir “L’homme simplifié: le syndrome de la touche étoile”, par Jean-Michel Besnier, Fayard, 2012. Ce philosophe, professeur à la Sorbonne, soutient la thèse que toute cette technologie est développée par une humanité fatiguée d’elle-même et incapable de soutenir par elle-même de nouveaux grands projets.
[4] On lira avec intérêt l’article “Les enfants de la Silicon Valley pionniers malgré eux” du Courrier International, reprenant un article du New York Times du 31/12/2014 (http://www.courrierinternational.com/article/2015/01/01/les-enfants-de-la-silicon-valley-pionniers-malgre-eux ) Le journaliste explique que des leaders du monde numérique s’interrogent sur la pertinence de laisser leurs propres enfants en contact  prolongé avec des machines.
[5] Le projet actuel du “Pacte d’Excellence” qui prévoit que les enfants resteraient plus longtemps à l’école pourrait développer un effet similaire sur l’emploi des petites structures scolaires. En effet, les activités sportives ou culturelles ne pourraient être envisagées de manière professionnelles que dans des infrastructures adaptées, ce qui sera rarement le cas dans les écoles de village…

lundi 11 avril 2016

La vérité sur Molenbeek



Nous avons acheté « La vérité sur Molenbeek »[1] dans l’espoir d’y trouver une analyse critique de la politique multi-culturelle menée à Molenbeek. Bourgmestre de cette commune durant 20 ans, M. Philippe Moureaux, professeur d’université émérite, nous semblait un auteur tout désigné pour donner un avis éclairé et informé. Son livre, malheureusement, ne répond pas à nos attentes. Toutefois, nous avons décidé d’en établir une synthèse et d’en tirer quelques réflexions autour de la séparation entre l’Eglise et l’Etat qui semble être le thème philosophique central, mais à géométrie variable, de la politique de M. Moureaux.

Les premiers chapitres de l’ouvrage sont consacrés à quelques repères historiques sur Molenbeek. Ce n’est pas sans intérêt mais cela semble hors propos. M. Moureaux répond ensuite à ceux qui le taxent de laxisme. Il entend démontrer par quelques exemples qu’il n’a pas été laxiste et qu’il s’est même inquiété très rapidement de la montée du radicalisme religieux dans sa commune, notamment en créant une cellule « radicalisation » au sein de la police. Toute cette partie constitue un véritable plaidoyer pour et par l’auteur. On aurait pu espérer un peu plus de hauteur mais tout peut se résumer à : ce n’est pas moi, c’est l’autre (voir entre autres les pp 131-133).
Vient un chapitre où M. Moureaux explique le contexte international qui a engendré, selon lui, l’attrait des jeunes pour l’Etat Islamique. En neuf pages sans aucune référence[2], l’auteur compile des suppositions plus ou moins cohérentes, en dehors de toute critique historique. Deux idées maîtresses émergent. D’une part, l’Occident a joué avec le feu en appliquant l’adage : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». En l’occurrence, ceux qui combattaient le régime syrien ne pouvaient être que les amis des Occidentaux. Or l’Occident a ainsi créé un monstre, l’EI.  D’autre part, le rejet des exactions commises par le régime syrien était poussé à l’extrême par l’Occident et ceux qui partaient le combattre étaient, toujours selon M. Moureaux, presque des héros : « On évoque une Légion étrangère qui va aider une peuple en révolte. Certains vont jusqu’à comparer la constitution de cette armée anti-Assad aux brigades internationales qui s’étaient constituées pour défendre la République espagnole. » (pp 98-99).

Recrutement des volontaires : 7 facteurs

Philippe Moureaux évoque alors sept facteurs qui favorisent le recrutement de volontaires pour la Syrie. D’abord l’argent qui leur est promis, à eux et à leur famille. Ensuite, internet qui facilite les contacts et les ordres. Troisièmement, l’attrait de la violence pour les jeunes. Ici, et c’est assez rare pour être mentionné, l’auteur reconnaît ne pas avoir pu maîtriser cet aspect, qu’il associe (sans véritable justification) au trafic de drogues « Je n’avais jamais réussi à éradiquer complètement cette violence liée à la drogue. » (p.107) Cet aveu est immédiatement pondéré : « Tous les témoignages confirment que rien ne s’est amélioré depuis trois ans, bien au contraire » (p.107). Quatrièmement : le radicalisme religieux. « …je dirai qu’il (le religieux) joue un rôle non négligeable dans la radicalisation, mais qu’il s’est nourri de notre aveuglement et d’un terreau social qui alimente rancœur, désillusion et haine à l’égard d’une société qui traite les personnes issues de l’immigration comme on traitait les « classes dangereuses » au dix-neuvième siècle et les Juifs avant la Deuxième Guerre mondiale ».(p.109). Cinquièmement : le problème identitaire « Les jeunes paumés se retrouvent dans une sorte de vide avec un rejet du mode de vie de leurs parents et de la culture européenne » (p110). Certains jeunes parviennent à s’intégrer dans la société européenne en « brisant le plafond de verre ». M. Moureaux le mentionne mais ne précise malheureusement pas : comment ces jeunes ont-ils pu se rapprocher de la société européenne ? Voilà ce que nous cherchions et ce que l’auteur, malgré ses 20 ans de pratique, ne prendra jamais la peine de nous expliquer. Au contraire : il évoque une expérience qui avait été menée à son initiative pour tenter de rendre à des jeunes délinquants une meilleure image d’eux-mêmes via un traitement de choc, en l’occurrence reconstruire un dispensaire en Afrique. « Les résultats ont été contrastés. Je ne m’y attarde pas. » (p.112). La « solution » au problème identitaire, selon M. Moureaux, sera exposée plus tard : « … il faut faire la chasse à l’humiliation. J’ai toujours essayé d’agir dans ce sens, parfois maladroitement, en pratiquant une forme de paternalisme qui peut, à la limite, être considéré comme l’expression d’un sentiment de supériorité… » (p.147). Notre question : n’y a-t-il pas une contradiction interne dans l’usage du paternalisme pour sortir de l’humiliation ?
Sixième facteur expliquant l’embrigadement : la prison. Et enfin, des lieux propices au recrutement : aussi bien des salles de sports que des lieux de bienfaisance.  Ce qui permet à M. Moureaux de se disculper, à nouveau, de toute forme de responsabilité spécifique : « Je peux tirer la conclusion que tous les quartiers à forte densité de musulmans arabes comportent avec plus ou moins d’intensité les facteurs propices au djihadisme. Le Molenbeek historique, avec ses cinquante-mille habitants n’échappe pas à ce constat. » (p.113).

Le noyau terroriste

Dans le chapitre « Le noyau terroriste », l’auteur essaye tout de même d’expliquer pourquoi Molenbeek est plus souvent mentionné que d’autres localités dans les attentats. Explications avancées : le taux de peuplement (p.115), l’ordre d’identification des kamikazes (pp117-118) puisque la presse se rue sur le premier nom trouvé. Si un autre nom de djihadiste avait été cité au début de l’enquête, Molenbeek n’aurait pas été tant montrée du doigt. Autre justification avancée par l’auteur: « On en arrive alors au constat que la pénétration du radicalisme religieux est beaucoup moins importante dans la communauté d’origine turque que dans la communauté arabo-musulmane » (p.115). M. Moureaux soutient trois « explications pertinentes » : il existe en Turquie une tradition de modération, la Turquie n’a pas connu l’humiliation que l’Irak, la Syrie…  ont vécue et, troisième rempart, « La fierté d’être rattaché à un pays qui cultive un nationalisme permanent est un élément fondamental »(p.116). Faire appel au nationalisme pour contrer le radicalisme est un concept plutôt surprenant sous la plume d’un socialiste.

M. Moureaux se penche ensuite sur la personnalité de M. Salah Abdeslam pour mentionner que son passage d’une vie de dépravé à celle de terroriste a été très rapide et de constater : « A travers la partie de sa vie délurée, Salah Abdeslam c’est un réseau d’amitiés important. Ce n’est pas étonnant, nous sommes dans un milieu où une forme de fraternité très forte se crée entre potes qui ont fait ensemble les quatre-cents coups » (p.119).  Ce qui expliquerait, selon l’auteur, comment M. Salah Abdeslam a pu être protégé. Chez M. Abdelhamid Abaadoud, M. Moureaux note : « Certes, il a été envahi de haine pour le régime de Damas à un moment clé de son existence. Il a capté cette unanimité contre Bachar al-Assad, mais ensuite, dans des conditions que je n’ai pu identifier, il a franchi le pas fatal vers le salafisme meurtrier. » (p.123). Il y a bien un noyau terroriste à Molenbeek pour M. Moureaux, mais « … pas isolé… en connexion avec d’autre fanatiques venus principalement des banlieues françaises et activé depuis la Syrie » (p.127).
 

La séparation église-état

Au fil de son livre, M. Moureaux revient à plusieurs reprises sur la question de la séparation entre l’Eglise et l’Etat qui est effectivement constitutive de la vie en société moderne. Il lui a souvent été reproché une trop grande proximité avec la religion musulmane. Dans cet ouvrage, M. Moureaux s’exprime clairement : « Les tenants de la laïcité se sont insurgés contre ces pratiques (nées de la confusion entre l’Etat et la religion dominante) et ont proclamé la séparation nécessaire entre l’Eglise et l’Etat. J’adhère pleinement à cette manière de voir les choses. » (p.64).  Mais d’autres passages nuancent largement la clarté affirmée: « L’ordre public ne relève d’après eux (des gens qui avaient reproché à M. Moureaux d’avoir fait appel aux représentants des mosquées pour garantir la paix dans les rues) que des forces de police et demander l’appui d’autres structures, notamment religieuses, n’est pas acceptable en démocratie. J’ai, bien entendu, un avis totalement différent. Lorsqu’il y a un danger en vue, j’estime qu’il faut mobiliser l’ensemble du corps social. » (p.47). Par contre il voit bien une rupture de la séparation Eglise – Etat lorsque c’est la nouvelle majorité qui prend une initiative : « … lors de la fête de la musique qui se déroulait en plein ramadan, la commune a introduit à la fin de son programme musical, un appel à la prière sur la place publique… » (p.132).
La perception de cette séparation peut devenir très subtile et semble alors échapper à M. Moureaux. Notamment avec la question de la « déradicalisation », M. Moureaux mélange ici allègrement Etat et Eglise: « Elle (la déradicalisation) ne peut réussir qu’avec le concours de musulmans attachés sincèrement à leur religion et qui véhiculent la lecture pacifique de l’Islam, à mon sens la vraie lecture de l’Islam » (p.141). Cette citation montre que l’Etat, pour M. Moureaux est habilité à déterminer ce qu’est une VRAIE lecture d’une Religion, c’est-à-dire d’agir sur le cœur même de la Religion. Autrement dit, la sacro-sainte séparation évoquée n’engage pas tout le monde. La démarche est semblable quelques pages plus loin : « Il faut encourager le recrutement d’imans parlant le français et se détacher dans la mesure du possible de l’influence des pays qui pratiquent un Islam littéraliste » (p.145). Le rôle de la religion musulmane est pourtant  un facteur peu mis en avant par M. Moureaux, comme il le rappelle par exemple quelques lignes plus loin : « Dans le parcours connu de la plupart des djihadistes, les mosquées n’ont pas joué un rôle significatif » (p.145). Notre question : si la sécurité publique n’est pas clairement mise en péril par les mosquées, alors pourquoi vouloir contrôler le contenu de la Religion ?



L’enseignement
Pour l’ancien bourgmestre, l’enseignement est également un lieu important pour tenter la déradicalisation : « … non pas dans de grands discours moralisateurs, mais à travers un enseignement qui ouvre réellement l’élève à cultiver un esprit critique » (pp. 145-146)

M. Moureaux donne quelques indications sur l’enseignement. Ses positions sont connues : « Le premier élément à mettre en œuvre est l’organisation systématique d’un mélange des enfants d’origines différentes » (p.150). Il regrette ne pas avoir été plus loin dans cette démarche. En effet, les parents d’enfants de milieux « privilégiés » se sont opposés au mélange. Une attitude que M. Moureaux taxe de raciste. Il adopte ensuite une position ambiguë face aux enfants réfugiés venus de Fedasil : «… il faut prévoir des moyens importants pour scolariser ces enfants en évitant qu’ils ne freinent les progrès nécessaires en matière de formation des enfants de nos quartiers » (p.152). Cela nous laisse une impression étrange : les pauvres ne gênent pas les progrès des riches (ou bien ce n’est pas grave) mais les réfugiés gênent les progrès des pauvres.

L’auteur n’est pas satisfait de l’organisation de l’enseignement actuel mais il ne sait pas comment le réformer. Par contre il livre son idée sur les matières à enseigner.
En histoire : « … haut Moyen-âge, période de transition entre l’Antiquité classique et la Renaissance. On se trouve en effet devant une époque où la culture et la recherche scientifique se développent, particulièrement au Moyent-Orient, sous le règne de grands califes installés, d’abord à Damas et ensuite à Bagdad. Une partie importante de l’héritage gréco-romain dont nous nous revendiquons nous a été transmis à travers ces penseurs musulmans » (P.153).  Pour Philippe Moureaux, cette période est également marquée par une grande tolérance, car les dirigeants musulmans s’entouraient de savants juifs, chrétiens et zoroastres. Enseigner cette histoire permettrait de disqualifier Daesh, toujours selon M. Moureaux, Autre période qui devrait être enseignée : la civilisation andalouse et plus spécialement Ibn Khaldoun. A la fin de la Reconquista, les Juifs fuient l’Espagne catholique et trouvent refuge au Maghreb.
Au niveau de la géographie : l’importance de la maîtrise de l’eau au Moyen-Orient pour donner une explication économique des conflits récents. Il veut également tourner le dos à un européocentrisme désuet.
Et pour tout cela : « Il faut peut-être – j’ose à peine le dire – augmenter les plages de présence à l’école et ne pas hésiter à apporter à la fois un appui didactique aux plus faibles et une forme de tremplin pour les plus doués. » (pp. 154 – 155).

En tant que professeur de critique historique, M. Moureaux aurait pu ici relever les énormes difficultés intellectuelles qui se cachent derrière l’idée d’enseigner ces périodes. D’une part parce que ces périodes sont régulièrement réexaminées et que diverses interprétations en existent. Par exemple, à propos des califes de Damas,  ne peut-on envisager une confusion entre  l’utilisation des ressources intellectuelles et la tolérance ? Peut-on dire que l’Occident est tolérant vis-à-vis de l’Islam parce qu’il protège les puits de pétrole ? D’autre part, l’histoire est un outil dont le pouvoir se sert régulièrement pour mieux s’asseoir.  Or ce qui est enseigné contribue à la construction d’une identité nationale. Le Moyen-âge de Damas ou de Bagdad est-il constitutif de cette identité ? Le sentiment national en sortira-t-il grandi ou affaibli, par exemple parce que d’autres communautés ne comprendront pas pourquoi on n’évoque pas d’autres faits historiques? M. Moureaux, en historien, aurait pu s’interroger sur ces impacts, d’autant qu’il a lui-même mentionné l’efficacité du « nationalisme » contre la radicalisation.
Le titre de l’ouvrage est donc trompeur, « Ma vérité sur Molenbeek » aurait le mérite d’être plus… critique.



[1] Moureaux Philippe « La vérité sur Molenbeek », Editions La Boîte à Pandore, Paris, 2015.
[2] à l’exception d’un article du Monde Diplomatique, sans titre ni auteur.  Plus généralement, au niveau de la forme de l’ouvrage, ce qui étonne rapidement, c’est l’absence de documents de référence, le texte n’est étayé par aucune citation. Les rares mentions bibliographiques sont lacunaires. Cela rend l’exploitation du document peu aisée. De plus, peu des noms d’acteurs pourtant essentiels (les ministres par exemple) sont mentionnés. Les (futurs) historiens n’y reconnaîtront probablement pas l’œuvre de l’un des leurs.

mardi 29 mars 2016

Et si l'universalisme était le problème ?

Exercice de philosophie #13


L’énoncé

Lisez la définition suivante
"Ce courant de pensée se base sur des textes considérés comme universels et éternels. Elevés à ce rang par les premières générations de leurs disciples, ils sont aujourd’hui devenus dogmatiques. Les disciples actuels estiment que leurs valeurs sont si belles et si essentielles qu’elles doivent être partagées par tous. Les Terriens sont donc conviés à rejoindre ce groupe, pour leur propre bien. Ceux qui résisteraient ne pourraient être que des ignorants, des méchants ou des fous. Contre ces deux dernières catégories, le recours à la force, voire à la guerre est autorisé, parfois recommandé, au nom de la paix."





Vos questions:


  1. Quelles sont les menaces d’un tel courant de pensée pour la société mondiale? Doit-on l’interdire ? Limiter ses actions, par exemple à des territoires spécifiques ? 
  2. Ce courant de pensée est-il : a. Le Djihadisme - b. L’Humanisme ?

vendredi 18 mars 2016

Dresser sa liste de réfugiés


Votre mise en situation

MM. Dupont et Durant sortent d'un magasin chacun avec quatre produits. Dans le sac de de M. Dupont, on trouve une bouteille d'eau, une pizza, un chocolat et un paquet de chips. De son côté, M. Durant a acheté une brosse, une raclette, des torchons et du produit d'entretien.

Vos questions :

  1. Que pouvez-vous en déduire sur la composition des rayons de magasin ? Et accessoirement, sur base de ces 8 produits, pouvez-vous déterminer si vous ferez vos courses dans ce magasin ?
  2. Pouvez-vous en déduire les intentions de MM Durant et Dupont ? (Cette question vous semble-t-elle moins absurde que les deux précédentes?)
  3. Voici deux listes de quatre noms de personnes liées à l'immigration :  Liste A: MM. Zitrone, Ionesco, Stravinsky, Goscinny / Liste B: MM.Al Capone, Mohammed Merah, Klaus Barbie, Andras Pandy. Que pouvez-vous en déduire sur la composition des groupes d'immigrés ? Accessoirement, pouvez-vous choisir une politique migratoire ? Pouvez-vous en déduire les intentions du créateur de la liste A et celles du créateur de la liste B ? (Cette question vous semble-t-elle moins absurde que les deux précédentes?)
  4. Sur les huit noms cités, établissez une liste de quatre personnes qui représentent, à vos yeux, le plus justement possible l'immigration. Expliquez pourquoi. Oseriez-vous diffuser cette liste sur votre page facebook ? Expliquez pourquoi